Les lichens de Lyse Fournier

Par Julie Hoedts

 

« Under the ivy » fait trace, fait signe, marque le paysage de la rue Louis Pergaud et de la rue Edmond Rostand à Cenon. Littéralement « sous le lierre », dont le titre s’inspire de la chanson éponyme de Kate Bush, « Under the ivy » s’attache à l’idée de l’arbre qui cache la forêt, à révéler ce qui se passe en dessous, derrière, dans l’intimité.

Installation en façade des immeubles 4 et 6 rue Louis Pergaud, « Under the ivy » est le marqueur extérieur de la vie intérieure de panOramas : les appartements occupés par les artistes, et ainsi transformés en ateliers, sont signifiés par un accrochage sur les balcons.

L’œuvre est une commande de panOramas à la plasticienne Lyse Fournier pour accompagner l’occupation des deux adresses de panOramas par les artistes : œuvre éphémère qui s’apparente au lichen recouvrant progressivement la façade, « Under the ivy » évolue et se propage sur les balcons à mesure que les artistes prennent possession des lieux.

Le lichen est un organisme végétal préhistorique présent sur Terre depuis des millions d’années ; ainsi assimilable à l’art, présent dans toutes les sociétés humaines depuis leur avènement. Il est constitué d’un champignon associé à une algue et se caractérise par la relation symbiotique entre ses deux composants ainsi que celle qu’il entretient avec son environnement : une relation équitable au sein de laquelle chacune des parties prenantes trouve son compte et en retire des bénéfices. Le lichen pousse partout, dans toutes les conditions météorologiques, tous les climats et sur toutes les surfaces, qu’elles soient naturelles, ou créées par l’Homme (sur l’écorce des arbres et sur les rochers, comme sur le béton des bâtiments ou le macadam des routes). Le lichen nous entoure, mais passe souvent inaperçu.

Lyse Fournier travaille telle une naturaliste, couche par couche, donnant de l’importance au temps et à l’implication manuelle. L’artiste s’inspire du lichen pour dessiner son motif mais elle s’y réfère aussi dans sa nature et dans sa forme propre : c’est une œuvre vivante, évolutive dans sa taille et son implantation, ici selon les départs des habitants relogés et les arrivées des artistes dans les appartements se transformant en ateliers partagés. Telles le lichen, les bâches imprimées sont accrochées aux rambardes des balcons de façon à ne détériorer aucunement le bâtiment. Leur doux flottement au vent entre en écho avec les éléments naturels comme les branches ou les feuilles des arbres, ainsi qu’avec les reflets d’activités humaines dans le quartier, comme le linge séchant aux balcons.

« Under the ivy  » se veut facteur de lien et d’écho entre le quartier, le bâtiment, les artistes accueillis, panOramas et le parc Palmer (dont une des entrées se situe au bout de la rue Rostand). Le motif du lichen se prête donc à être répliqué car il est déjà présent dans le parc et sur les balcons de la rue Pergaud. Cette production artistique de Lyse Fournier annonce aussi la Nuit Verte 2022 qui aura lieu au Parc Palmer le 24 septembre 2022. Anecdotiquement, le nom de famille de l’artiste est également un clin d’œil fortuit à l’école maternelle Alain Fournier qui se situe juste derrière panOramas, ancrant ainsi d’autant plus l’œuvre dans le quartier.

« Under the ivy » est issue de la banque d’images que Lyse Fournier s’est constituée au fil des années. Des photographies de lichen ont été retravaillées par l’artiste : recolorées, assemblées entre elles, infusées avec des extraits de la planche « lichens » du biologiste Ernst Haeckel, jusqu’à devenir un travail s’apparentant à de la peinture aux couleurs chatoyantes. Le traitement révèle un rapport pictural à l’image. Lyse Fournier reprend les couleurs naturelles des différents lichens et s’inspire de toutes les déclinaisons de leurs palettes pour les accentuer. La confusion du végétal et l’effet camouflage des formes et associations de couleurs font appel à l’imagination : entre terre et mer, les formes sont similaires et lichens, éponges de mer, coraux et champignons se mélangent et se rejoignent. Parfois, ce sont les déclinaisons saisonnières des couleurs du paysage qui sont évoquées, comme lorsqu’un groupe passant en voiture a demandé s’il s’agissait des quatre saisons.

Invitation à la curiosité, à la découverte, et à entrer dans les locaux de panOramas pour y voir l’envers du décor, les espaces de travail des artistes, « Under the ivy » est éphémère, à l’image de la présence de panOramas, à Cenon, aux 4 et 6 de la rue Louis Pergaud mis à disposition par DomoFrance (l’occupation des appartements par des artistes est conditionnée par le relogement progressif des habitants des lieux). A la fin de l’année, panOramas et les artistes accueillis devront également quitter ces locaux et désinstaller l’œuvre de Lyse Fournier pour laisser place à la démolition des immeubles.

 

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